Dès aujourd’hui, l’Assemblée nationale lance officiellement les auditions d’une commission d’enquête parlementaire dédiée à la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public.
Cette initiative, initiée par le groupe Union des droites pour la République (UDR) d’Éric Ciotti – allié du Rassemblement national (RN) –, vise principalement France Télévisions et Radio France, mais englobe aussi d’autres entités comme France Médias Monde, l’INA, Arte France ou TV5 Monde.
Il s’agit de la première commission de ce type sur l’audiovisuel public à l’Assemblée, avec une cinquantaine d’auditions prévues jusqu’à mi-avril 2026.
Cette enquête s’inscrit dans un contexte de vives tensions autour de l’impartialité perçue de l’audiovisuel public, accusé par certains de biais idéologiques et de gestion défaillante.
La commission est directement née de l’affaire Legrand-Cohen, une polémique de septembre impliquant le chroniqueur Thomas Legrand (France Inter) et le journaliste Patrick Cohen (France Inter). Des médias comme CNews, Europe 1 et le JDD (groupe Bolloré) ont accusé ces figures d’antipathie envers l’extrême droite, voyant dans leurs propos un signe de partialité systémique en faveur de la gauche.
Cela a été perçu comme la goutte d’eau qui fait déborder le vase par les députés UDR.
Autres exemples cités : une analyse sur France 5 comparant Jordan Bardella (RN) à Hitler en novembre, l’interdiction faite à un journaliste de Complément d’enquête d’enquêter sur Jean-Luc Mélenchon, ou le licenciement en 2024 de Jean-François Achilli (France Info) pour des soupçons de proximité avec Bardella.
Les médias Bolloré ont orchestré une campagne de dénonciation, qualifiant l’audiovisuel public de gauchiste.
En riposte, France Télévisions et Radio France ont déposé des plaintes pour dénigrement.
Delphine Ernotte (présidente de France Télévisions) a qualifié CNews de chaîne d’extrême droite dans Le Monde mi-septembre, exacerbant le conflit.
A noter également que l’audiovisuel public reçoit environ 4 milliards d’euros de fonds publics annuels, mais fait face à une dégradation financière : pertes d’audiences (ex. : -500 000 auditeurs pour France Inter en novembre 2025), salaires élevés (moyenne >70 000 €/an chez France Télévisions), et contrats de production opaques impliquant des figures comme Pierre-Antoine Capton ou Matthieu Pigasse.
Les députés entendent scruter les dépenses, les choix éditoriaux et la gouvernance, avec des auditions prévues de dirigeants, journalistes et producteurs comme Élise Lucet, Léa Salamé et Nagui.
Initiée via le droit de tirage annuel du groupe UDR, la commission sera présidée par Jérémie Patrier-Leitus (Horizons) et rapportée par Charles Alloncle (UDR).
Elle regroupera 30 députés de divers bords pour garantir un pluralisme, mais est critiquée à gauche comme une instrumentalisation politique contre le service public – une commission contre l’audiovisuel public, dixit la députée écologiste Sophie Taillé-Polian.
Les auditions, retransmises en direct, débuteront aujourd’hui à 16H30 par Martin Ajdari (président de l’Arcom, régulateur).
Parmi les figures attendues :Delphine Ernotte (France Télévisions) le 10 décembre et Sibyle Veil (Radio France) le 17 décembre.

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