Médiapart a publié une enquête révélant ce qu’il qualifie d’ingérence du Sénat et de son président, Gérard Larcher, auprès de l’Arcom.
Cette accusation porte sur une mise en garde adressée par l’Arcom à France 2 concernant le numéro de l’émission “Complément d’enquête” diffusé le 19 Juin dernier intitulé “Sénat : les secrets de la chambre haute”.
Ce reportage, réalisé par Tristan Waleckx, explorait des scandales récents au Sénat, comme l’affaire de soumission chimique impliquant le sénateur Joël Guerriau, des accusations de harcèlement sexuel contre la sénatrice Esther Benbassa, ou encore des soupçons de chantage à la sextape et de trafics de drogue parmi des élus.
L’Arcom a reproché à Complément d’enquête un “manque de mise en perspective” et une diffusion d’allégations graves sans contradiction suffisante.
Parmi les points critiqués:
– L’utilisation de termes comme sénateurs dealers ou trafic de drogue au Sénat, sans recours au conditionnel ni contextualisation.
– Le témoignage d’un ancien médecin du Sénat évoquant un chantage via des vidéos intimes d’élus, présenté comme central sans contrepoint suffisant (l’Arcom note que le licenciement de la secrétaire impliquée n’a pas été mentionné).
– Une affirmation selon laquelle seulement la moitié des dépenses des sénateurs a été contrôlée en 2023, jugée inexacte ou mal nuancée.
Cette mise en garde a été rendue publique le 27 novembre, dans un contexte tendu pour France Télévisions, déjà sous le feu des critiques pour un autre numéro sur CNews.
D’après l’enquête de Médiapart (signée Yunnes Abz et Dan Israel), l’Arcom avait initialement classé l’affaire sans suite en septembre 2025, après avoir examiné le dossier et averti les équipes de Complément d’enquête qu’aucun manquement n’était relevé.
Ce revirement serait dû à des pressions exercées par Gérard Larcher lui-même, mécontent du reportage qui ternissait l’image du Sénat.
Gérard Larcher avait saisi l’Arcom dès juillet dernier pour demander une sanction, suite à la diffusion de l’émission.
Après le classement initial, des échanges internes à l’Arcom montrent que des membres de la haute autorité, influencés par les relances du Sénat, ont rouvert le dossier.
Un courriel cité par Médiapart évoque explicitement l’insistance de Larcher et de son cabinet, qualifiée d’ingérence car elle porte atteinte à l’indépendance du régulateur.
À France 2, on parle de stupéfaction.
Un journaliste de l’émission a déclaré au site Puremédias: “C’est la première fois dans l’histoire de France Télévisions qu’après avoir été blanchie, une décision est rejugée par l’Arcom”.
L’équipe y voit une politisation du régulateur, surtout après les attaques récentes contre l’Arcom par des médias comme CNews (propriété de Vincent Bolloré), qui avait pourtant critiqué son indépendance avant de la louer récemment.
Gérard Larcher n’a pas encore réagi publiquement à l’article de Médiapart mais son bureau a confirmé la saisine de l’Arcom en juillet, la présentant comme une démarche légitime pour protéger l’honneur de l’institution.

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