Le Syndicat national des journalistes, principal syndicat de journalistes en France, et la Fédération internationale des journalistes, qui représente 600 000 professionnels dans 146 pays, ont déposé plainte mercredi dernier auprès du Procureur national antiterroriste à Paris.
L’action a été rendue publique aujourd’hui.
Elle vise explicitement les autorités israéliennes pour entrave à la liberté d’exercer le journalisme (article 431-1 du Code pénal français), en raison des obstacles systématiques imposés aux reporters français souhaitant couvrir le conflit à Gaza et en Cisjordanie depuis octobre 2023.
La plainte s’appuie sur le délit français d’entrave à la profession de journaliste, mais aussi sur des normes internationales comme l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme (liberté d’expression) et l’article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques.
Elle qualifie ces entraves de crimes de guerre potentiels, relevant de la compétence du PNAT pour les atteintes contre des Français en zone de conflit.
Depuis l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023, aucun journaliste étranger n’a pu entrer librement dans l’enclave.
Israël n’autorise que des accès cas par cas, souvent limités à des embeddings avec ses troupes, ce qui restreint l’indépendance des reportages.
La plainte dénonce une répression impitoyable incluant des violences, des arrestations arbitraires et une surveillance accrue contre les journalistes français, en violation du droit international humanitaire.
Le document de 100 pages compile des récits de reporters français, recueillis de manière confidentielle pour protéger leur sécurité.
Les avocates Inès Davau et Louise El Yafi, qui portent l’affaire, soulignent son caractère inédit : c’est la première plainte en France combinant entrave journalistique et crimes de guerre dans un contexte international, visant à tester l’application extraterritoriale de ces incriminations face à des atteintes structurelles à la presse.
Cette action s’inscrit dans un bilan alarmant pour la profession : Reporters sans frontières (RSF) recense plus de 210 journalistes tués depuis le début des opérations israéliennes à Gaza (en riposte à l’attaque du 7 octobre 2023), la majorité étant palestiniens.
La FIJ et le SNJ appellent à restaurer la liberté d’informer comme principe fondamental, dans un conflit où l’accès à l’information reste un enjeu humanitaire majeur.

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