La plateforme d’e-commerce Shein est convoquée ce matin devant le tribunal judiciaire de Paris dans le cadre d’une audience en référé.
L’État français, représenté par le ministère de l’Économie, demande la suspension de l’ensemble du site Shein en France pour une durée minimale de trois mois, suivie d’une réouverture sous conditions strictes de contrôle.
Cette procédure vise à prévenir ou faire cesser les dommages causés par des manquements répétés et systémiques de la plateforme, en vertu de l’article 6-3 de la loi pour la confiance dans l’économie numérique.
L’affaire a éclaté début novembre, peu après l’ouverture du premier magasin physique de Shein en France (au BHV Marais à Paris).
Des contrôles ont révélé la vente de poupées sexuelles d’apparence enfantine (contenus pédopornographiques), passible de 7 ans d’emprisonnement et 100 000 € d’amende mais aussi la mise en vente d’armes de catégorie A (comme des poings américains ou des machettes), ainsi que d’autres produits illicites ou dangereux, punissables de 3 ans de prison et 75 000 € d’amende.
Un défaut de filtrage a aussi été observé pour les mineurs et une absence de modération efficace sur la marketplace (ventes par des tiers).
Le gouvernement avait déjà tenté une procédure administrative le 5 novembre, enjoignant à Shein de retirer ces produits sous 48 heures.
La plateforme a réagi en suspendant temporairement sa marketplace et les ventes hors habillement en France, échappant ainsi à une suspension immédiate.
Mais Bercy qualifie cela d’aveu de manque de contrôle interne et maintient la pression judiciaire, estimant que ces dérives sont intégrées au business model de Shein.
L’État demande un blocage de l’accès au site par les fournisseurs d’accès internet français, assignable à Shein (édité par une société irlandaise) et aux opérateurs techniques mais aussi des contrôles renforcés par l’Arcom qui vérifierait les mesures anti-récidive (modération, filtrage, etc.).
L’objectif est de mettre la pression sur les géants du e-commerce chinois pour qu’ils respectent les normes européennes et françaises en matière de sécurité, de protection des mineurs et de concurrence loyale.
La décision du juge ne sera pas rendue immédiatement, mais dans les prochains jours.
Un blocage pourrait être contourné via VPN, mais il enverrait un signal fort.
En parallèle, une enquête pénale est en cours par l’Office central pour la répression des violences aux mineurs (Ofmin), ouverte début novembre.
D’autres plateformes sont visées comme AliExpress, Temu, Wish, Joom et, depuis hier, eBay. Amazon a aussi été signalé.

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